Guilliers - Église Saint-Pierre-et-Saint-Paul
- clochesdebretagne (Vincent l'amoureux des cloches)
- il y a 5 jours
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L'église de Guilliers, dont le nom vient du latin "villare" qui a donné "Gwiler-Porc'hoed" en breton, située en plein centre du bourg, est le principal monument de la commune. Construit entre la fin du XVe et début du XVIe siècle pour ses fondations les plus anciennes, l'édifice dont les origines historiques remontent à plus d'un millénaire. Comprenant un chœur polygonal et une nef axée vers l'est, celui-ci s'est vu être doté de deux chapelles latérales, dédiées au Rosaire côté nord, à Saint-Joseph côté sud, qui possèdent chacune des baies ogivales, lui donnant son architecture actuelle en forme de croix latine.
Son bas-côté nord fut quant à lui édifié au cours du XVIe siècle. Par ailleurs, les poutres que l'on y trouve de part et d'autres sont ornées de gueules de monstres aux crocs acérés. L'observation attentive des piliers nous permet différentes formes utilisées dans l'église, qui sont aussi bien octogonaux, cylindriques, ou massifs. Leurs particularités résident également dans leur diamètre qui s'accroit en montant vers le chœur. En outre, il est intéressant de noter que le mur fut percé de trois baies ogivales surmontées de gables à l’extérieur.
Le collatéral du bas-côté sud fut ajouré au cours des XVIIe et XVIIIe siècles. Ses piliers cylindriques sont identiques et les quatre baies en ogives sont plus grandes, offrant davantage de lumière au sein de l'édifice.
À l'extérieur de l'église, grâce à une inscription gravée dans la pierre au niveau du chœur, nous pouvons apprendre que des travaux de reconstruction furent réalisés en 1768 par les ecclésiastiques de l'ancienne abbaye de Saint-Jean-des-Prés, située à Guillac près de Ploërmel. De ce fait, il semble établi que le chevet soit l'élément le plus ancien ayant été conservé.
En 1840, il fut décidé de démolir l'ancien clocher de la nef et de le remplacer par une nouvelle tour construite sur la façade occidentale de l'édifice, tel que nous pouvons la voir aujourd'hui. Par la même occasion, les deux bas-côtés furent rallongés de 3m33 afin d'y percer une baie supplémentaire ainsi qu'une nouvelle porte. En outre, il est très intéressant de noter que les ouvertures côté ouest datant du du XIXème siècle, sont de style roman.
L'église est ainsi visible telle quelle de nos jours, sans nouveaux changements architecturaux depuis cette époque.
Dans l'édifice, on peu découvrir différents éléments intéressant, aussi bien que du mobilier, que ses vitraux. Ces derniers très appréciés datent du XXe siècle et ont été offerts par différentes familles locales.
Plusieurs statues sont également visibles, certaines provenant de la chapelle Saint-Nicodème de Guilliers, située au hameau de La Grande Touche, dont l'une d'elles, dédiée à Sainte-Apolline, date du XVIe siècle.
Enfin, l'entrée sous la tour nous permet de découvrir un motif très intéressant. Réalisé par la maison Gérabati de Nantes en 1960, ses ornementations présentent les clés de Saint-Pierre entrelacées avec le glaive de Saint-Paul. Juste après la porte, un tapis de mosaïque grise et rouge parcourt toute l'année centrale de la nef.
Avant de vous présenter l'ensemble campanaire de l'église aux diverses particularités, je vous laisse le plaisir de découvrir les diverses photos prises à l'intérieur de l'édifice, au cours de notre visite
Les cloches
Les origines de la sonnerie de Guilliers sont en effet très intéressante. Trois dames de bronze se partagent le beffroi sur trois travées, la chambre des cloches étant située au niveau du dôme en ardoises. La plus grande tout d'abord, fut nommée "Jeanne-Anne-Marie-Aline" et nous vient du fondeur Léon CORNILLE de Villedieu-les-Poêles en Normandie. La signature est cependant CORNILLE-HAVARD, du fait de la raison sociale de son atelier. Réalisée en 1922, elle fut bénie sous le pontificat du Pape Benoît XV par Mgr Alcime-Armand-Pierre-Henri GOURAUD, évêque de Vannes, en présence des abbés François-Xavier ROGER, Recteur de la paroisse, et P. BINARD, son vicaire. Ses parrains étaient Messieurs Pierre PEROT, Ange DESNOES, Joseph MAROT et Jean LETOURNEL. Ses marraines furent Mesdames Joséphine PUISSANT, Anne PICHOT, Marie HAGUET et Alexandrine LATOUCHE. Présentant un diamètre de 860mm pour un poids de 368kg, elle donne la note du La3.
La seconde cloche est la plus récente des trois. Fondue en 1949, elle nous vient de la fonderie d'Armand BLANCHET de Paris, Ingénieur installé à Bagnolet, dans l'actuel département de Seine-Saint-Denis (93). Baptisée "Marie-Madeleine-Louise-Eugénie", elle donne la note du Si3 et pèse 239kg pour un diamètre de 760mm. Bénie par Mgr Eugène-Joseph-Marie LE BELLEC, assisté du recteur et son vicaire, les abbés GUILLAUME et COUDRAY, ses inscriptions nous révèlent ensuite les noms de ses parrains, Eugène BILLARD, Louis HAYS, René BARON et Bernard DUVAL. Suivis plus loin par les marraines, Marie-Thérèse BAUDIC, Madeleine BOUEDO, Marie MOINE et Augustine PEROT. En outre, ce dernier nom apparaissant déjà sur la grande cloche, il n'est pas exclu que Mme PEROT ait été la fille de Pierre PEROT, cependant, cela ne reste qu'une hypothèse.
Enfin, la troisième et dernière cloches est la plus intéressante de part son intérêt patrimonial et historique. Fondue en 1516 à l'initiative de Monsieur HAMON, Prieur de Guilliers (orthographié Guillier" à cette époque), sa réalisation fut confiée au maître saintier vannetais Jean HUREL. De son activité attestée entre la fin du XVe et le début du XVIe siècle, seulement quelques exemplaires de sa production ont par chance été épargnées par la Révolution française, comme c'est le cas ici. Appelée "Marie-Renée", son second prénom nous de sa marraine, Renée de France, fille d'Anne de Bretagne alors âgée de 6 ans. Sa seule et unique ligne d'inscriptions autour de la cloche est agrémentée de plusieurs fleurs de lys et hermines, rappelant son double rattachement en tant que princesse royale et dépositaire du Duché de Bretagne. Donnant la note du Do4, son diamètre est de 710mm pour une masse de 200kg.
Classée à l'Inventaire des Monuments historiques depuis le 12 juillet 1912, elle fit l'objet de travaux de restaurations à deux reprises. Une première fois en 1949 à l'arrivée de la cloche "parisienne", puis très récemment à l'occasion de travaux réalisés sur l'installation campanaire fin 2022, début 2023. Recevant une cure de jouvence avec de nouveaux équipements, ses deux grandes sœurs plus jeunes ont vu leurs jougs remplacés ces dernières années : en 2016 pour la grande et 2022.
L'ordonnance de sonnerie établie à l'heure actuelle est aussi très intéressante : la cloche 2 sonnant les Angélus en semaine, cette dernière est rejointe par la grande cloche le weekend. Par ailleurs, les trois airains peuvent être entendus ensemble pour les annonces de messes dominicales, ainsi que pour les baptêmes et mariages.
Enfin, je me permets de terminer cette présentation par un retour dans l'église afin de m'attarder sur une dernière petite cloche assez particulière, située dans le chœur à gauche de l'autel. Renseignements pris, une paroissienne m'avait alors indiqué qu'il s'agissait d'un cadeau offert par les paroissiens pour le curé, en fonction sur la paroisse depuis 2018. En outre, il est convenu qu'il devra l'emmener avec lui en cas de mutation, devenant ainsi une "cloche voyageuse".
Nom: Jeanne-Anne-Marie-Aline Note: La3 Date: 1920 Poids: 368kg Diamètre: 860mm Fondeur: Cornille-Havard à Villedieu-les-Poêles
Inscriptions sur la cloche :
L AN 1920
S. S. BENOIT XV ETANT PAPE
S. G. Mgr GOURAUD EVEQUE DE VANNES
M. M.
F. X. ROGER RECTEUR DE GUILLIERS
P BINARD VICAIRE
Signature du fondeur :
CORNILLE-HAVARD ; A VILLEDIEU
J AI ETE NOMMEE
JEANNE ANNE MARIE ALINE
PAR MES PARRAINS
PIERRE PEROT ANGE DESNOES
JOSEPH MAROT JEAN LETOURNEL
ET MES MARRAINES
JOSEPHINE PUISSANT ANNE PICHOT
MARIE HAGUET ALEXANDRINE LATOUCHE
LÉGENDE DES INSCRIPTIONS :
S. S. | SA SAINTETÉ |
S. G. | SA GRANDEUR |
Mgr | MONSEIGNEUR |
M. M. | MESSIEURS |
F. X. | FRANÇOIS-XAVIER |
Nom: Marie-Madeleine-Louise-Eugénie Note: Si3 Date: 1949 Poids: 239kg Diamètre: 760mm Fondeur: Armand Blanchet à Paris
Inscriptions sur la cloche :
± EN L'ANNEE MARIALE 1949, SS. PIE XII ETANT PAPE S. EXC. Mgr LE BELLEC EV. DE VANNES; Mr GUILLAUME ☛
RECTEUR ET A. COUDRAY VIC. MES PARRAINS EUGENE BILLARD; LOUIS HAYS, RENE BARON, ET BERNARD DUVAL?
MES MARRAINES MARIE THERESE BAUDIC, AUGUSTINE PEROT, MADELEINE BOUEDO ET MARIE MOINE M'ONT NOMMEE
MARIE MADELEINE LOUISE EUGENIE
Signature du fondeur dans un cartouche :
ARMAND
BLANCHET
FONDEUR
DE CLOCHES
A PARIS
LÉGENDE DES INSCRIPTIONS :
SS. | SA SAINTETÉ |
S. EXC. | SON EXCELLENCE |
Mgr | MONSEIGNEUR |
EV. | ÉVÊQUE |
Mr | MONSIEUR |
VIC. | VICAIRE |
Nom: Marie-Renée Note: Do4 Date: 1516 Poids: 200kg Diamètre: 710mm Fondeur: Jean Hurel à Vannes
Inscriptions sur la cloche :
✝ LAN ⚜ MIL [HB] Dcc XVI ⚜ S ⚜ P [HB] R [HB] HAMON [HB] PRIEUR [HB] DE GUILLIER M Jan hurel me fist
LÉGENDE DES INSCRIPTIONS :
MIL Dcc XVI | L'an 1516 en chiffres romains |
[HB] | Signifie une Hermine Bretonne (non codée en caractère Unicode) |
GUILLIER | Ancienne orthographe du nom de la commune de Guilliers |
Jan | JEAN |
ME FIST | Lire "ME FIT" |
Pour compléter la présentation de cet ensemble campanaire aux origines diverses et historiques à la fois,je vous invite à découvrir ci-dessous une série de photos complémentaires, réalisées au cours de notre visite
La vidéo
Nous tenons à adresser nos sincères remerciements à Monsieur l’abbé LEBEL, Curé des ensembles paroissiaux de Guilliers et Néant-sur-Yvel pour son accord pour la visite du clocher afin d’étudier et enregistrer l’ensemble campanaire de l’édifice. Nous le remercions pour les différents échanges et précieuses indications qu’il nous a fournies, ainsi que pour sa disponibilité à l’occasion de notre visite. Enfin, je remercie mon neveu pour avoir accepté mon invitation, ainsi que pour son aide qui fut très appréciée !
Sources des textes utilisés pour l'article :
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