La Réorthe - Église Notre-Dame
- clochesdebretagne (Vincent l'amoureux des cloches)
- 15 juil.
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 5 heures
Un premier prieuré fut tout d'abord fondé au XIe siècle par les moines de l'abbaye royale de Saint-Michel-en-l'Herm, située au sud de Luçon. Trouvant un lieu convenable bordé de ravins au nord, à l'ouest et au sud, ainsi qu'une forêt dense à l'est facile à défendre, la communauté bénédictine fut ainsi à l'origine de la fondation du village de La Réorthe. Aujourd'hui disparu, le prieuré se trouvait à l'emplacement de l'actuelle mairie.
Au XIIe siècle, la construction d'une église paroissiale est entreprise, selon le souhait de la communauté monastique, dédiée à Notre-Dame-de-l'Assomption.
Le bâtiment ayant connu divers remaniements au cours des siècles suivants, la tour-clocher située côté sud est considérée comme sa partie la plus ancienne. En outre, l'église était entourée d'un cimetière jusqu'au XVIIIe siècle, avant d'être transféré en dehors du bourg, alors que les seigneurs des alentours se faisaient enterrer au sein du sanctuaire jusqu'à cette époque.
Suite à la construction de la route communale qui fut très fortement abaissée, l'entrée principale de l'édifice n'était plus accessible qu'à l'aide de nombreuses marches. Le chantier mené à cette époque avait également permis de retrouver des vestiges d'anciennes sépultures et de vases en terre remplis de charbons, datant de l'époque carolingienne la plus tardive.
Suite à l'effondrement de la voûte en 1932, cette dernière fut remplacée par des plaques d'isorel.
Enfin, une grande campagne de restauration fut menée en 2008, qui mit en lumière une série de fresques dissimulées dans la charpente.
Le mobilier de l'église, bien que très modeste, est très intéressant. Nous pouvons notamment observer un maître-autel daté du 10 septembre 1780, œuvre du maître marbrier toulousain BOUGNOL. Un tableau représentant "Le Christ Mort", une copie d'une œuvre du peintre Philippe de CHAMPAIGNE, a été restauré en 2017. Enfin, à l'extérieur, le clocher possède quant à lui un cadran solaire réalisé en 1655 et posé par un certain JEANNEAU.
Avant de continuer plus loin pour vous présenter l'histoire très singulière de l'ensemble campanaire de La Réorthe, vous trouverez ci-dessous clichés pris dans l'église au cours de cette visite.
Les cloches
Cette toute première visite de clocher réalisée au cœur de la Vendée nous fait découvrir un beffroi chargé d'histoire, la région ayant été le théâtre de conflits particulièrement violents au cours de la Révolution française entre royalistes fidèles au Roi de France (les Blancs) et les révolutionnaires (les Bleus) : les Guerres de Vendée (1793-1800). Suite à l'arrêté du 6 décembre 1793 (16 frimaire an II), pris par le Directoire départemental, ordre fut donné de réquisitionner les cloches des paroisses insurgées afin d'en faire des canons pour la République. Cette ordonnance s'inscrivait dans une politique de réquisition appliquée à l'échelle du pays.
À cet effet, un groupe d'ouvriers "démolisseurs" fut envoyé au début de l'année 1794, accompagné de gendarmes dans le but d'entrer dans l'église, alors abandonnée.
À l'arrivée des Bleus, trois dames de bronze étaient en place et ils parvinrent à en extraire les deux plus petites en passant par la tourelle d'accès. La grande en revanche, leur donna du fil à retordre en raison de son diamètre trop grand pour l'étroit escalier en colimaçon. Après avoir tenté de la briser à coups de marteaux, les ouvriers se résolurent à casser littéralement le moyeu central afin d'élargir le passage. Sur les 48 marches présentes, 25 d'entre elles furent martelées (n'ayant jamais été réparées, de nombreuses traces sont encore visibles à ce jour, et le pilier central fut doté d'une barre métallique afin de sécuriser la montée). Ainsi, ces manœuvres ne manquèrent pas de faire du bruit, tant et si bien qu'un poste de vendéens fut alerté. Situé au gué de Poêle-Feu (à environ 650 mètres à vol d'oiseau), la troupe en poste commandée par Gaspard de BÉJARRY vint à La Réorthe. Voyant le groupe arriver depuis le haut du clocher et craignant de perdre leur butin face aux royalistes, les révolutionnaires prirent la fuite avec deux cloches, laissant la plus grande coincée à travers les marches. Seule survivante de ce "carnage campanaire", il fallut attendre la signature du Concordat et l'arrivée d'un nouveau recteur pour qu'elle soit remise en place dans le beffroi.
Fondue en 1504 et issue d'un saintier anonyme, elle porte le nom d'Estienne ("Étienne" en vieux français). Cette vénérable dame de bronze âgée de plus de 500 ans, qui présente un poids de 318kg pour un diamètre de 800mm, donne la note du Si3. Il s'agit de la plus ancienne cloche du département en activité. Classée à l'Inventaire des Monuments historiques depuis le 5 décembre 1908, deux nouvelles cloches furent installées au XIXe siècle afin de remplacer leurs prédécesseures volées. La moyenne fut nommée "Louise-Gabriel" par son parrain Maximilien HOULIER de VILLEDIEU et sa marraine, Louise-Gabriel POISSON du BREIL. Mesurant 700mm pour une masse de 191kg et portant la date de 1824, elle ne présente étonnamment aucun cartouche ni signature de fondeur, ce détail devenant de plus en plus rare à cette époque. En outre, cette dame de bronze se révèle de très bonne facture pour l'époque, compte tenu de sa qualité sonore et du fait qu'elle ne présente aucune trace d'accordage. Par ailleurs, cet airain nous chante un beau Do#4.
Enfin, la troisième cloche est des plus intéressantes. Réalisée en 1866 par l'aciérie Jacob HOLTZER & Cie, il s'agit d'un des rares exemples de ce type encore en activité à ce jour dans le grand ouest. Dédiée à la Bienheureuse-Vierge-Marie, comme nous l'indiquent ses inscriptions en latin, elle donne la note du Ré#4 et présente un diamètre de 745mm pour un poids de 216kg. Ses dimensions ainsi que sa masse plus importante s'expliquent par le fait que l'acier est plus dense que l'airain, alliage de cuivre et d'étain, habituellement d'usage. Le choix d'un matériau différent a sans doute été privilégié pour des raisons financières, car moins cher à produire.
Seul fabricant à utiliser de l'acier dans la fabrication des cloches, Jacob HOLTZER obtint la licence du fabricant Bochumer Verein de Bochum, en Allemagne (autre fondeur de cette catégorie), avant d'installer son aciérie à Unieux, dans la Loire.
L'installation campanaire reçut une cure de jouvence au début des années 2000, financée par les Monuments historiques et le Département et menée par les campanistes de la société BODET de Trémentines, en Maine-et-Loire. Les travaux visaient à restaurer les deux grandes cloches, alors que la troisième fut laissée en place. Descendues via l'oculus au-dessus du transept sud, il est étonnant que les révolutionnaires n'y aient pas pensé à l'époque.
Remises en place à la fin de l'année 2001, l'opération de remontage ayant nécessité deux jours de travail.
Enfin, les équipements de sonneries furent remplacés ou remis à neuf. Aujourd'hui, les deux grandes dames de bronze assurent la volée des Angélus et l'annonce des offices. La troisième, bien qu'équipée d'un moteur, reste à poste fixe depuis de nombreuses années. Elle est cependant chargée d'assurer les heures et 3x3 coups des sonneries quotidiennes. De ce fait, afin de l'intégrer aux enregistrements, un tintement exceptionnel en "fausse volée" a été réalisé manuellement pour cette occasion.
Nom: Estienne Note: Si3 Date: 1504 Poids: 318kg Diamètre: 800mm Fondeur: Anonyme
Inscriptions sur la cloche :
ESTIENNE | DONT | LE | NOM | PORTE | DEFENS | LE | PEUPLE | ET | LE | CONFORTE | FAIT | LAN | MCCCCCIIII
LÉGENDE DES INSCRIPTIONS
DEFENS | Lire "DÉFENDS" |
FAIT | Lire "FAITE" |
MCCCCCIIII | Date de 1504 |
Caractère "|" | Barre verticale de séparation entre chaque mot |
Nom: Louise-Gabriel Note: Do#4 Date: 1824 Poids: 191kg Diamètre: 700mm Fondeur: Anonyme
Inscriptions sur la cloche :
± LAN 1824 JAI ETE BENITE SOUS LINV DE LA Ste VIERGE MARIE PATRONNE DE CETTE Psse PAR Mr BABIN CURE
± FAITE PAR LES SOINS DE Mr BIRET MAIRE & DES AUTRES MARGUILIERS & NOMEMENT Dois ROCET Fois MAXIMILIEN
± HOULIER DE VILLEDIEU & MADAME SON EPOUSE LOUISE GABRIEL POISSON DU BREIL QUE NOUS AVONS CHOISIS POUR
LUI DONNER SON NOM
LÉGENDE DES INSCRIPTIONS
LINV | L'INVOCATION |
Ste | SAINTE |
Psse | PAROISSE |
Mr | MONSIEUR |
MARGUILIERS | Lire "MARGUILLIERS" |
NOMEMENT | Lire "NOMMÉMENT" |
Fois | FRANÇOIS |
Nom: Dédiée à la Bienheureuse-Vierge-Marie Note: Ré#4 Date: 1866 Poids: 216kg Diamètre: 745mm Fondeur: Jacob Holtzer & Cie à Unieux
Inscriptions sur la cloche :
Signature du fondeur :
JACOB HOLTZER & Cie 1866
IN HONOREM BEATAE
IMMACULATŒ VIRGINIS MARIÆ
J. G. M. R
Traduction des inscriptions en latin :
EN L’HONNEUR DE LA BIENHEUREUSE
VIERGE MARIE IMMACULÉE
Afin de compléter la présentation de cet ensemble campanaire à la fois riche en histoire et insolite, je vous invite à découvrir diverses photos complémentaires prises au cours de cette visite
La vidéo
Je tiens à adresser mes sincères remerciements à la municipalité de La Réorthe, et tout particulièrement à Madame Magalie JADAUD, Maire, pour son autorisation afin d’accéder au clocher dans le cadre de cette étude. Un grand merci également à Monsieur Christophe FORTIN, premier adjoint, pour son accueil, sa disponibilité, les différents échanges ainsi que la transmission de plusieurs documents relatifs à l’histoire de l’église et de ses cloches. Ce fut un vrai plaisir de pouvoir mettre en lumière une histoire campanaire d’exception.
Sources des textes utilisés pour l'article :
Textes personnels

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