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Saint-Médard-sur-Ille - Église Saint-Médard

Dédiée à Saint-Médard, évêque de Noyon, l'église de Saint-Médard-sur-Ille fut, selon la tradition, précédée par un édifice plus ancien, érigé au lieu-dit "Le Champ de l'Église", situé vers le sud à l'écart du bourg. Des briques et des dalles de pierre y étaient encore signalées. L'église actuelle, reconstruite en majeure partie en 1752, semble toutefois préserver des particularités issues de constructions antérieures. En effet, certains éléments attestent de l'ancienneté d'une partie de l'édifice. La charpente située au-dessus du chœur et de la croisée du transept, considérée comme la plus ancienne, se compose de chevrons formant fermes, avec des entraits retroussés (c'est-à-dire placés en hauteur) et des pièces courbes appelées cerces, qui servaient de support à l'ancienne voûte. Une structure assez similaire subsiste dans la chapelle sud : ces deux ensembles pourraient remonter au XVe siècle et semblent issus d'une même campagne de construction. Une étude approfondie des bois permettrait toutefois d'en préciser la datation. La charpente de la chapelle nord est quant à elle plus hétérogène et comporte notamment plusieurs bois de remploi.

D'autres détails visibles au sein de l'édifice actuel témoignent également de dispositions antérieures au XVIIIe siècle : une petite fenêtre au-dessus de la porte principale, de style médiéval, ainsi que les portes des chapelles latérales, toutes deux en plein cintre et à chanfrein arrêté. En outre, la chapelle du baptistère conserve plusieurs remplois dans son état actuel. Son linteau, tronqué, pourrait provenir d'une dalle funéraire datée de 1461, attribuée à Pierre ROBINAIS de la BUDORAIS, si l'on s'en tient à une étude archéologique menée en 2007. Le porche méridional aurait été construit au cours du XVIIe siècle et un cadran solaire fut installé sur le pignon sud en 1636.

L'année 1752 fut marquée par la réalisation d'une importante campagne de reconstruction, transformant l'édifice en profondeur, comme en atteste la date encore visible sur la clé de baie sud, ainsi que sur l'arc de la chapelle méridionale. L'importance de ces travaux laisse supposer que la porte du pignon ouest, ainsi que la totalité des baies, remontent à cette même période. Il en serait de même pour la charpente de la nef. Ainsi, dans son ensemble, l'édifice présente un plan en croix latine, composé d'une nef unique, de deux chapelles latérales formant transept et d'un chœur terminé par une abside arrondie.

La disposition du clocher semble elle aussi avoir été profondément modifiée, bien que nous n'en connaissions pas la date précise. Alors que le clocher actuel surmonte la façade occidentale, un ancien clocheton pourrait avoir été établi auparavant au-dessus de la nef. Cette hypothèse s'appuie notamment sur la présence de nombreuses mortaises conservées sur une ferme de la charpente, témoignant de l'existence d'un ancien pan de bois à cet emplacement. Elle est également renforcée par l'arasement du pignon occidental, sur lequel le clocher actuel semble avoir été installé dans un second temps.

Du point de vue historique, la chapelle nord servait par ailleurs de chapelle privative aux seigneurs du BOIS-GEFFROY, qui y possédaient leur enfeu. Marie-Gaëtane de Mornay, dame du BOIS-GEFFROY et veuve d'Anne-Bretagne, comte de Lannion, y fut notamment inhumée en 1764.

Le mobilier de l'église que nous pouvons voir aujourd'hui est très intéressant à plus d'un titre. Tout d'abord, le maître-autel, classé aux Monuments historiques depuis le 4 août 1952, possède un imposant retable réalisé entre le XVIIe et le XVIIIe siècle dédié à la Résurrection du Christ. Sa structure se compose de quatre colonnes corinthiennes, prolongées par un entablement incurvé et une voûte en bois formant une demi-calotte, l'ensemble étant peint et doré à la feuille. La peinture centrale est une copie de l’œuvre de l'artiste Raphaël, dont l'original est conservé au Vatican. Deux statues sont visibles de part et d'autre du tableau. La chapelle sud conserve quant à elle un second retable, représentant la Crucifixion et daté du XVIIe siècle. À noter également que deux reliquaires du XVIIe siècle en bois sculpté et doré, provenant de l'ancien couvent de la Visitation, ainsi que deux crédences de style Louis XV ont été conservées.

Certaines sources indiquent aussi que des objets liturgiques de grande valeur, certains en vermeil et dont les ornementations rappellent les armes des anciens seigneurs, furent initialement préservés par le conseil de fabrique de Saint-Médard jusqu'en 1905. Cependant, nous n'en savons pas davantage sur leur devenir après que la loi de séparation de l'Église et de l'État a été promulguée.

Arrêtons-nous ensuite pour observer la voûte de l'édifice. Des réparations de la toiture et du lambris furent effectuées en 1833. Avant les transformations qui suivirent la Seconde Guerre mondiale, la voûte présentait un fond bleu parsemé d'étoiles dorées, tandis que les couvre-joints moulurés étaient peints en jaune et vert et ornés de petites fleurs rouges.

Environ deux semaines après le débarquement des alliés en juin 1944, l'église est bombardée le 24 juin. La reconstruction commencera dès 1948 et se poursuivra jusqu'en 1951, modifiant sensiblement l'aspect intérieur des lieux. L'une des opérations les plus urgentes fut la réfection de la couverture et des vitraux. Cette première phase de reconstruction s'acheva en 1951. Une seconde phase de travaux démarra en 1955, afin de mettre en œuvre la restauration et le réaménagement intérieur du bâtiment. L'ancien porche, accolé à la façade sud, fut fermé afin d'être transformé en chapelle baptismale. Le chœur et la voûte au-dessus du retable furent rénovés l'année suivante. Ces travaux furent suivis par le remplacement de la grande porte et l'aménagement d'une nouvelle petite porte d'entrée. Celle de la chapelle nord fut ensuite réparée. Plusieurs éléments du mobilier, notamment dans la sacristie, les confessionnaux et le chemin de croix, furent concernés.

Le fond de l'église s'est vu doté d'une tribune en béton, construite au-dessus de l'entrée, tandis que la charpente de la nef fut consolidée par la mise en place de tirants métalliques fixés aux fermes principales ainsi que de jambes de force. Une nouvelle voûte en Isorel, composée de sept pans et recouverte d'un film blanc, fut également mise en place, couvrant aujourd'hui la nef et les transepts. Un dispositif similaire à cinq pans fut réalisé dans le baptistère.

Le plancher supportant le clocher fut également repris et doté d'une trappe, tandis qu'un escalier d'accès et un plancher furent aménagés au niveau de la tribune.

Par la suite, quelques travaux divers furent effectués au cours des décennies suivantes : installation d'un paratonnerre en 1974, remplacé en 2004, tout comme le coq, restauration des vitraux en 1978, réfection du parquet du chœur et reprise de la voûte en Isorel en 1979. Le début des années 2000 fut essentiellement marqué par la mise en sécurité du clocher, la remise en place de certaines ardoises déplacées, cassées ou manquantes et la mise en ordre des gouttières.

Enfin, le clocher actuel présente une structure entièrement en chêne sous ses ardoises. Celle-ci, établie sur une base carrée, prend appui sur le mur occidental, ainsi que sur l'une des fermes de la charpente, au début de la nef.

Pour terminer cette longue et riche présentation de l'église Saint-Médard, je me permets de revenir sur son évolution récente : en effet, au fil des années, l'édifice est soumis aux affres du temps et diverses dégradations ont été observées. Par conséquent, la municipalité confie à un cabinet d'architecture la réalisation d'un premier diagnostic sanitaire en 2016. Le rapport établi souligne alors des défauts d'humidité, de maçonnerie ainsi que des désordres sur la charpente, la couverture et le clocher.

Le dossier de rénovation est finalement relancé en 2024 avec une mise à jour du diagnostic. La nouvelle étude constate notamment une aggravation de l'état des couvertures par rapport à 2016. Toutefois, les fissures observées dans les maçonneries ne présentent pas d'évolution notable.

La restauration de la couverture et des charpentes constitue aujourd'hui la première priorité, les travaux de couverture devant être répartis en trois phases. Les maçonneries et l'intérieur de l'édifice pourront être restaurés dans un second temps. À plus long terme, la restitution de l'ancienne voûte, dont certaines traces sont encore visibles, constitue l'un des futurs objectifs du projet.


Afin de compléter la découverte de l'église, vous trouverez ci-dessous le lien vous permettant de découvrir les photos de l'intérieur de l'édifice, prises au cours de la visite.



Les cloches

Le beffroi de Saint-Médard-sur-Ille auquel on accède par une échelle sur la tribune, se compose de deux travées, hébergeant un ensemble campanaire de deux cloches très intéressantes ! Toutes deux issues des frères Viel-Tétrel et Viel-Ozenne, fondeurs à Villedieu-les-Poêles, la plus grande fut réalisée en 1837 et porte le nom de "Marie-Fidèle-Sophie-Pauline-Marie". Son parrain fut Monsieur Marie-Fidèle de LANGLE, marquis du Plessis de la Goyère, sa marraine, Sophie-Pauline-Marie-Raoulette de CARADEUC, marquis de Montbourcher. Comme l'indiquent ses inscriptions, l’abbé Joseph TEXIER était alors recteur, accompagné de son vicaire, l’abbé René LE CONTE. L’un des décors visibles sur sa robe représente une effigie de Saint-Jean. D’un poids de 518kg pour un diamètre de 980mm, elle donne la note du Fa#3.

La petite cloche fut fondue quant à elle en 1851, soit presque quinze ans après sa grande sœur. Bien que son prénom de baptême ne soit pas explicitement précisé, nous avons choisi de la nommer "Adèle", à partir du prénom de la marraine, Madame Adèle GAUCHET, probablement la fille du maire de l’époque, Monsieur GAUCHET, accompagnée par le parrain, Monsieur l’abbé CHAILLOT. À l’époque de fabrication de ce second airain, l’abbé TEXIER était toujours curé de Saint-Médard-sur-Ille, secondé cette fois par un autre vicaire, l’abbé HUBERT. D’un diamètre de 873mm pour une masse de 379kg, la cloche émet la note du Sol#3.


Nom: Marie-Fidèle-Sophie-Pauline-Marie Note: Fa#3 Date: 1837 Poids: 518kg Diamètre: 980mm Fondeur: Viel-Tétrel et Viel-Ozenne à Villedieu-les-Poêles


Inscriptions sur la cloche :


  • ☛ LAN 1837 JIA ETE FONDUE POUR LA PAROISSE DE St MEDARD SUR ILLE ET NOMMEE PAR Mr MARIE FIDELE DE LANGLE MARQUIS

  • ☛ DU PLESSIX DE LA GOYERE ET PAR SOPHIE PAULINE MARIE RAOULETTE DE CARADEUC MARQUIS DE MONTBOURCHER JOSEPH TEXIER

  • ☛ RECTEUR RENE LE CONTE VICAIRE


Décor représentant Saint-Jean :

St Jean


Signature du fondeur? côté nord-ouest - sud-est :

FAITE PAR VIEL TETREL ET VIEL OZENNE FONDEURS A VILLEDIEU MANCHE


LÉGENDE DES INSCRIPTIONS

JIA

Lire "J'AI"

St

SAINT

Mr

MONSIEUR


Nom: Adèle Note: Sol#3 Date: 1851 Poids: 379kg Diamètre: 873mm Fondeur: Viel-Tétrel et Viel-Ozenne à Villedieu-les-Poêles


Inscriptions sur la cloche :


  • LAN 1851 JAI ETE FONDUE POUR LA PAROISSE DE St MEDARD ET NOMMEE PAR Mr LABBE CHAILLOT ET Melle ADELE ☛

  • GAUCHET Mr TEXIER RECTEUR Mr HUBERT VICAIRE Mr GAUCHET MAIRE VENDUE PAR FOLIE DE RENNE 🖜

  • 3ème ligne sans inscriptions


Signature du fondeur, côté nord-ouest - sud-est :

FAITE PAR VIEL TETREL ET VIEL OZENNE FRERES FONDEURS A VILLEDIEU MANCHE 🖜


LÉGENDE DES INSCRIPTIONS

St

SAINT

Mr

MONSIEUR

Melle

MADEMOISELLE

RENNE

Lire "RENNES"


Afin de compléter la présentation de cet ensemble campanaire, vous trouverez ci-dessous les diverses photos complémentaires, prises au cours de notre visite



La vidéo

Je tiens à adresser mes sincères remerciements à la municipalité de Saint-Médard-sur-Ille et en particulier son Maire, Monsieur N. BOURNONVILLE, pour m'avoir donné son autorisation d'accéder au clocher afin d'étudier et enregistrer l'ensemble campanaire de l'église. Je remercie également Madame J. DETOC, première adjointe au Maire, pour son accueil et sa disponibilité au cours de cette visite. Enfin, un grand merci à Madame V MARÉCHAL, adjoint administratif territorial pour le suivi de ma démarche.


PS: En raison d'une panne de la cloche 2, celle-ci a été sonnée manuellement lors de notre visite. De plus, un second plan vidéo était prévu près de cette dernière, mais un problème de caméras survenu juste avant la sonnerie du Plénum en a décidé autrement. Veuillez m'en excuser.


Sources des textes utilisés pour l'article :

Textes personnels

 
 
 

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